La Vie Charentaise 13 avril 2017 à 13h00 | Par A.M

Crédit agricole : banquier militant pour agriculture d’avenir

Banque d’un habitant sur deux en Charente et Dordogne, la caisse régionale de Crédit agricole vient de présenter ses résultats pour 2016. De bons résultats dans un contexte économique mitigé. Voire très difficile dans le secteur agricole. Forte de ses 1258 salariés et 810 administrateurs, la banque verte est plus que jamais le partenaire N°1 de l’économie locale et affirme son positionnement : « être la banque assurance du territoire ». Entretien avec son directeur général, Laurent Martin.

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Laurent Martin, Directeur Général de la caisse régionale Charente-Périgord.
Laurent Martin, Directeur Général de la caisse régionale Charente-Périgord. - © Alexandre Merlingeas

Vous enregistrez un résultat net de 52,8 millions d’euros, en léger retrait par rapport à l’année précédente. Comment situez-vous ce résultat 2016 ?

C’est un bon résultat car nous avons été forcément impactés par le niveau très bas des taux d’intérêt. La courbe des taux bas est défavorable aux banques et ils n’ont jamais été aussi bas ! Même en 1946, après-guerre, ils étaient plus élevés. Notre fort développement commercial depuis deux ans nous permet de maintenir notre résultat financier. Nos résultats commerciaux, quant à eux, sont excellents. On gagne des parts de marché un peu partout : crédit, collecte, assurance… tous les indicateurs sont au vert. Ce qui est le plus parlant, c’est que nous avons injecté 1,5 milliard d’euros de crédits dans l’économie locale en 2016. C’est un record !

 

Comment expliquez-vous vos succès commerciaux ?

La concurrence nous oblige à réinventer notre proximité. C’est-à-dire que nous misons à la fois sur le digital tout en conservant le lien direct avec nos clients grâce à notre réseau d’agences.

A partir de 2014, nous avons entièrement restructuré notre réseau et cela porte ses fruits. Nous avons largement rajeuni nos équipes, elles sont capables d’expertises dans des secteurs-clé comme le crédit, l’assurance, le retraite, la santé, la dépendance, le patrimoine, la fiscalité, la transmission d’entreprise, etc. En même temps, nous adaptons et rénovons nos points de vente et nous développons notre banque 100 % en ligne pour être aussi présents à distance et sur des horaires élargis via des solutions multicanales et innovantes. Un client qui appelle son agence jusqu’à 20 heures a désormais un interlocuteur qui lui répond 6 jours sur 7. Au final il nous fallait nous adapter aux nouveaux usages de nos clients mais en même temps que nos experts restent à leur disposition dans notre réseau de proximité. C’est la combinaison des deux qui fait notre succès quand, parallèlement, certains de nos concurrents procèdent à des fermetures d’agences. Nous sommes aujourd’hui la seule banque qui prend l’ensemble de ses décisions sur notre territoire !

C’est notre manière d’être perçus comme différents par nos clients.

 

Maintenir une présence forte sur le territoire, c’est tenable ?

C’est une décision pragmatique car nous sommes convaincus que le conseil d’experts et la relation humaine de proximité passent et passeront par notre réseau d’agences. Les clients ne viennent pas seulement chercher un prix ils veulent un conseil, une rapidité dans l’exécution, un service après-vente, mais aussi et surtout ils veulent que leur banquier soit un partenaire dans les bons et les mauvais jours. Lorsqu’on investit, lorsqu’on s’assure, lorsqu’on protège son patrimoine ou sa famille, lorsqu’on crée ou qu’on développe une entreprise, pour ne prendre que ces exemples, on veut autre chose qu’une plateforme téléphonique ou demain des robots pour interlocuteurs. Croire que la proximité et la personnalisation de la relation sont « dépassées » est une erreur.

 

Mais certains pensent pourtant que tout sera digitalisé et déshumanisé ?

Bien sûr que non !

Nos clients feront de plus en plus de choix de manière autonome, et les nouveaux outils technologiques permettront d’aller de plus en plus loin dans l’autonomie et la simplicité ; mais ne confondons pas usage, simplicité et autonomie avec conseil, réflexion et proximité. Faire vite et de manière autonome ne veut pas dire sans conseil et sans relation humaine. N’opposons pas ces deux mondes. C’est à nous de faire mieux et de faciliter la vie du Client, mais je ne crois pas que nos clients rêvent de vivre dans des déserts !

 

Vous voulez dire que c’est un choix sociétal ?

Oui ! La question qui est posée est « dans quel monde veut-on vivre demain ? ». Si le développement économique doit passer par la construction de déserts ruraux, non merci. La recherche du prix bas a ses limites. Bien sûr, les comportements et les usages de nos clients évoluent très vite mais si le seul objectif est de payer moins cher, ce sera effectivement difficile à l’avenir de maintenir la densité de notre réseau. Mais ce sera difficile pour tous les commerces ! La Caisse Régionale emploie 1 300 salariés, paye 80 millions de salaires et de charges par an, verse 36 millions d’euros d’impôts par an, a un réseau de 100 agences et 160 distributeurs de billets. Les Banques directes qui offrent gratuitement des services de base pèsent quoi sur nos départements : 0 salarié, 0 fiche de paye, 0 impôt, 0 agence et 0 distributeur de billets ! Il doit y avoir une prise de conscience… Le Crédit agricole comme toutes les entreprises, exerce un rôle économique et social indispensable à nos départements. Et nous en sommes fiers !

 

En tant que premier banquier du monde agricole, vous avez du aussi gérer la crise agricole en 2016. Mis à part la viticulture du cognac, tout le monde a été plus ou moins impacté ?

Il faut dire tout d’abord que nous avons financé 179 M € de crédits au secteur agricole en 2016, soit une stabilité par rapport à 2015. C’est d’ailleurs le seul marché qui ne progresse pas. A l’exception du Cognac, toutes les filières ont été touchées, les céréales fortement en 2016, et certaines depuis de nombreuses années comme l’élevage et le lait. Depuis 2014 nous accompagnons au quotidien les agriculteurs. Ils connaissent des conditions d’exercice de leur métier extrêmement difficile. La Caisse régionale a engagé toutes sortes d’actions : restructurations, réaménagement de taux, pauses crédits, reports d’échéances, etc. Au total plus 700 mesures ont été prises en 2016 et ce sont 2 M € qui ont été engagés pour soutenir et aider les agriculteurs dans le cadre de ces mesures. Enfin, nous avons débloqué 450 000 € en soutien aux agriculteurs en grande difficulté. 8 agriculteurs sur 10 sont clients du Crédit agricole. C’est notre histoire, c’est une marque de confiance énorme aussi depuis plusieurs générations. Nous ne sommes pas que la banque de l’agriculture, nous sommes d’abord la banque des Agriculteurs. Nous ne faisons pas tout bien, loin s’en faut, mais le travail pour accompagner les filières agricoles est immense et avec tous les acteurs des filières nous travaillons en bonne intelligence avec un premier objectif : passer la période difficile que nous traversons.

 

Les crises agricoles se suivent et les agriculteurs se découragent, comment imaginer que l’Agriculture a de l’avenir ?

Soyez certains d’une chose dans nos deux départements : il n’y aura pas d’économie en développement sans Agriculture ! L’agriculture a un rôle économique majeur dans notre région. La nouvelle région en a conscience et je pense qu’elle favorisera l’investissement agricole sur nos départements ruraux. L’agri­culteur a aussi un rôle d’a­­ménageur du territoire. Ne l’oublions pas. Enfin, cessons de pointer du doigt les Agriculteurs. Non seulement ils doivent faire face à des conditions de marchés déplorables, à une réglementation épouvantable mais en plus on les montre du doigt comme des pollueurs ou des responsables de « la mal bouffe ». C’est totalement décourageant. Et pourtant, regardons les faits : aucun autre secteur économique n’a évolué autant que l’agriculture depuis 50 ans, l’agriculture s’est engagée dans une transition qui la conduira à produire en utilisant moins d’eau et de produits chimiques, à produire mieux. Mieux mais pas moins ! On ne nourrira pas 10 Milliards d’Hommes et de Femmes avec les seuls circuits courts. L’agriculture est un métier d’avenir. Croyez-moi, on aura besoin d’Agriculteurs et même de très bons Agriculteurs, et ils sont nombreux sur nos territoires !

 

Comment voyez-vous l’avenir de notre agriculture justement ?

Il y aura plusieurs Agricultures. On aura de grandes exploitations productrices de denrées agricoles pour le marché mondial. On aura des coopératives ou des entreprises agroalimentaires qui développeront un modèle plus intégré qui permettra à des Agriculteurs de mieux gagner leur vie et utiliseront des techniques industrielles de production. Ces deux modèles évolueront vers un modèle plus raisonné d’Agriculture avec moins d’eau, moins de produits chimiques et des technologies avancées pour améliorer les rendements. Ou aura aussi une agriculture de proximité avec des fermes Bio, à 100 % ou partiellement, qui favoriseront le développement de circuits courts. Les produits de nos terroirs ont toute leur place dans ce modèle. Ici terroir et qualité sont unis. Il n’y a pas de modèle unique. Il faut arrêter de stigmatiser les pratiques agricoles mais au contraire accompagner le développement des exploitations. Bien sûr qu’il y a un avenir pour notre agriculture mais il faut vraiment que les choses bougent à tous les niveaux.

 

Mais à quel niveau doivent être prises les mesures ?

Je vais exprimer ici quelques idées. Elles peuvent être critiquées et on peut y opposer bien des arguments mais je pense qu’elles peuvent former un ensemble cohérent pour aider à construire une Agriculture plus forte.

Au niveau de la Région, je pense que nous avons intérêt à la mise en place d’un plan de développement agricole et rural.

Au niveau national et régional, je pense qu’il faut une politique d’aménagement du territoire rural. C’est particulièrement vrai dans notre région qui est l’une des plus agricole et rurale de France.

Au niveau des industriels je pense qu’ils n’ont aucun intérêt à épuiser les agriculteurs avec des prix trop bas. Conforter des filières est une œuvre collective et on voit bien avec le succès de la filière cognac que tout le monde peut jouer gagnant-gagnant pour peu que chacun respecte l’autre. Le bon sens consiste à développer des systèmes de contractualisation qui assurent une prospérité collective.

Au niveau de l’Europe, je pense qu’il faut mettre en place un « pavé assurantiel » (météo, risques sanitaires) car face à des marchés de plus en plus volatiles, les agriculteurs doivent aussi pouvoir se protéger en cas de pépin. Pourquoi ne pas rendre ces assurances obligatoires, comme c’est le cas pour les usagers de la route ?

Enfin, au niveau international, l’Europe doit peser pour réguler les marchés. Les produits agricoles ne sont pas des produits industriels basiques et il n’est pas concevable de spéculer sur la nourriture et la chaine alimentaire.

 

Voyez-vous des signes encourageants de reprise économique sur notre territoire ?

En tant que banque régionale de proximité, soutenir l’économie locale est plus qu’une mission, c’est notre raison d’être. Nous connaissons une période de taux exceptionnellement bas qui favorise l’investissement des entreprises comme des particuliers. Tous les marchés (sauf le marché agricole) ont progressé en 2016. La dynamique en ce début d’année de 2017 est très bonne. Ce sont de bons signes mais qui ne se traduisent pas encore par une amélioration de l’emploi. La vraie jauge de la reprise ce sera la baisse du chômage. Plus de 10 % et même bien au-delà pour les jeunes c’est intolérable. Chacun le comprend. Soutenir chaque projet économique sur le territoire qui est porteur d’emploi est notre objectif. Outre les volumes de financements que nous accordons, en 2016 nous avons investi au capital d’entreprises en leur apportant des fonds propres pour se développer (3,4 Millions €), nous avons soutenu 66 projets sur le territoire via la Fondation « Agir en Charente-Périgord » pour 283 K €, nous avons accordé 85 prêts à 0 % via nos caisses locales à des entrepreneurs, nous avons aidé 279 associations pour 127 K €, nous avons lancé 3 appels à projets pour accompagner en Crowfunding plus de 70 projets d’entrepreneurs, etc. Qui dit mieux ?

Enfin, soyons optimistes. La population de notre nouvelle grande région augmente, nous sommes terre d’accueil pour les seniors qui viennent s’installer dans nos départements pour profiter du « bien vivre de chez nous », la LGV et les nouveaux TER arrivent et seront bénéfiques à nos départements, les routes nationales en 2X2 voies se terminent, Lascaux IV est un succès et dope le tourisme, le Cognac se porte bien, l’immobilier frémit… Ce sont des indicateurs au vert.

Vert, comme la couleur du Crédit agricole !

 

Retrouvez l'interview dans notre édition du 13 avril, en pages 6 et 7.

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